Nouveau signe subliminal de future normalisation monétaire de la BCE

La Banque centrale européenne a mis fin au biais baissier de ses taux. Elle ne se prononce pas  encore sur la future diminution des achats d’actifs au­delà de 2017. La réunion de septembre sera cruciale.

Nous devons être patients, nous devons persister. » Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne (BCE), ne peut être plus clair dans ses propos. Pourquoi ? Tout simplement parce que la politique monétaire menée par la BCE est payante, mais insuffisante à ce jour pour annoncer une future inflexion de sa politique monétaire. Ce virage est pourtant évoqué entre les lignes du communiqué de la banque centrale.

RISQUES ÉQUILIBRÉS La BCE

a adressé en effet un signal subliminal de future normalisation. Le biais baissier des taux directeurs a été supprimé du communiqué. Les mots « à des niveaux plus bas » ont été retirés de la phrase habituelle des communiqués de ces derniers mois : « Le conseil des gouverneurs pré- voit que les taux d’intérêt directeurs resteront à leurs niveaux actuels ou à des niveaux plus bas sur une période prolongée, et bien au-delà de l’horizon fixé pour les achats nets d’actifs. » C’est peu de chose, mais ce sont des mots qui comptent pour une banque centrale. C’est ce qu’on appelle la forward guidance (indication prospective). Le message est limpide : l’économie poursuit son mouvement de reprise, même si le redressement de l’inflation est lent. Les économistes de l’institution monétaire ont ainsi révisé leurs prévisions, en hausse pour la croissance mais en baisse pour l’inflation. Cette déception sur le front des prix trouve son explication dans la seule évolution des prix du pétrole, tempère son président. Les risques économiques sont désormais équilibrés. Mario Draghi a toutefois montré la souplesse de la BCE : « Si les risques extrêmes sur l’inflation devaient resurgir, nous serions certainement prêts à baisser les taux. »

LES ACHATS D’ACTIFS  MAINTENUS

Le quantitative easing (QE) sera, comme déjà annoncé, poursuivi jusqu’à la fin de l’année. Le sujet du tapering (réduction des achats) n’a même pas été abordé par le conseil, veut faire croire Mario Draghi, qui précise, néanmoins, que la BCE restera active longtemps dans le marché, car les achats seront réalisés parallè- lement aux réinvestissements des titres arrivant à échéance. La BCE serait même prête à augmenter le volume des achats et la durée du programme si les perspectives se dégradaient. Les économistes de marché et les stratégistes estiment que les choses pourraient aller plus vite que la BCE veut bien le dire. Philippe Waechter, chef économiste de Natixis AM, envisage une réduction des achats à 40 milliards d’euros dans la première partie de 2018 (contre 60 milliards actuellement), puis à 20 milliards dans la seconde partie de la même année. L’expert ne croit toutefois pas qu’une date de fin de l’assouplissement quantitatif sera annoncée dans les prochains mois, ni à une remontée du taux de la facilité de dépôt avant le second semestre 2018.

Ces taux sont négatifs (– 0,4 %) au désespoir des banques. Le taux de refinancement – le principal taux directeur de la BCE – restera à 0 % au moins jusqu’à la fin de l’année prochaine, poursuit Philippe Waechter. Il est vrai que la BCE prend aujourd’hui en compte, dans le processus de décision de sa politique monétaire, des éléments impensables avant la crise souveraine. Elle est loin de limiter son analyse au risque de déflation. Véronique Riches-Flores, fondatrice de RF Research, estime que le président de l’institution s’est largement attardé sur la « faible qualité » des emplois créés. « A l’instar de la Fed, la BCE s’interroge sur la teneur de la croissance, notant en particulier le fait que, si le taux d’emploi s’est nettement redressé, le nombre de contrats permanents à plein-temps a, lui, baissé. » Tout n’est donc pas dans le chiffre de l’expansion économique. D’autres experts estiment que le nouveau pas de la BCE (fin du biais baissier) est un signal fort et que le QE pourrait être recalibré à l’occasion de la réunion de septembre. Le débat est ouvert.

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