L’adieu à la patrie socialiste

Les raisons d’un succès d’abord  : pourquoi s’étonner que les Français qui ont souhaité tourner une page au mois de mai en envoyant le plus jeune de leurs candidats à l’Elysée aient voulu, au mois de juin, lui donner les moyens de présider et de gouverner ? Les raisons d’un échec ensuite  : pourquoi un électeur sur deux n’a-t-il pas jugé bon d’aller voter, au risque d’alimenter le funeste symbole d’un peuple indifférent  ? On a lu ici et là plusieurs réponses sur la motivation des uns et la démobilisation des autres, selon qu’ils souhaitaient soutenir la démarche présidentielle ou s’y opposer. Pour ma part, j’en ai une qui ne convaincra pas tout le monde.

Je suis persuadé qu’un certain nombre d’électeurs se sont dit que, avec la chance dont bénéficiait ce diable d’homme et la façon qu’il avait tout seul d’instrumentaliser cette chance, il n’avait plus besoin de personne. Le risque Le Pen effacé, la mobilisation frémissante et populaire ne s’imposait plus. Il y avait ce dimanche le vote ou le tennis ou le beau temps. Ce qui fait beaucoup de raisons de se disperser. Pourra-t-il en être autrement dimanche prochain ? Avec le même niveau d’abstention, les électeurs n’auront plus à se demander s’ils sont ou non responsables d’un échec ou d’un succès. Le mode de scrutin des élections législatives ne laisse en effet guère de place au suspense, dès lors qu’une solide dynamique de victoire se met en place au premier tour. C’est peut-être rassurant du point de vue de nos institutions. Mais c’est loin d’être satisfaisant du point de vue de la représentation au Parlement des différentes sensibilités qui s’expriment dans notre société. Pour toutes ces raisons, ce second tour a une importance décisive pour la démocratie.

Le renouvellement s’annonce total. Avec enfin, la présence massive de candidates. Mais aussi de représentants de la société civile. Ceux-ci vont faire régner un mélange de confusion et de fraîcheur qui peut causer quelques surprises. Reste que l’absence d’opposition pourrait provoquer l’imprévisible. Il faut se souvenir avec vigilance que, sans opposition, il n’est pas de démocratie valable. Cela rappelle le propos d’un grand journal de plus en plus partisan : « Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » (Beaumarchais). Il reste que, pour une partie des électeurs qui nous sont proches, l’agonie du Parti socialiste est infiniment douloureuse et même peut expliquer une désertion. Pour des millions de Français, depuis le congrès de Tours en 1921 au cours duquel Léon Blum a refusé la fusion avec le Parti communiste, le Parti socialiste SFIO (Section française de l’Internationale ouvrière) représentait toute la gauche partisane ou mythique. Un livre m’en a donné la conviction, c’est celui d’André Burguière (« La gauche va-t-elle disparaître ? », Stock), l’un des plus simples et des plus profonds de tous ceux que je me suis imposé le plaisir ou la corvée de lire.

Dans les premières pages, l’auteur affirme que, pour lui, la gauche est une patrie et il fait l’histoire très personnelle de son engagement ou plutôt de son appartenance. C’est cela qui a craqué. C’est cela qui est dramatique. C’est pourtant cette patrie qu’il faut reconstruire, en pensant aux heures glorieuses de la social-démocratie en Suède et en Allemagne

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